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Honte et trauma : ce qui se cache derrière l'anxiété, le perfectionnisme et les conflits relationnels

La plupart des personnes qui poussent la porte d'un cabinet de thérapie ne parlent pas de honte. Elles parlent de leur partenaire qui ne les comprend pas, de leurs enfants qui ne les écoutent pas, de leurs collègues qui les épuisent, de leurs parents qui les ont déçus. Vous cherchez peut-être vous aussi la cause de votre souffrance à l'extérieur. Et quelque part, vous n'avez pas tout à fait tort : quelque chose s'est bien passé dehors, très tôt. Mais ce que vous ne voyez peut-être pas encore, c'est que la lecture que vous faites du monde aujourd'hui est filtrée par quelque chose de beaucoup plus ancien. Quelque chose qui dit, au fond : je ne suis pas assez. Je suis trop. Je suis le problème.

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Le jour où quelque chose a vraiment changé

Pendant longtemps, j'ai perçu le monde qui m'entourait comme peuplé de gens mauvais, malintentionnés, égoïstes. J'ai dépensé beaucoup d'énergie pour combler les besoins des autres, m'adapter, accepter l'inacceptable. C'est en développant la conscience de mon système nerveux que quelque chose a vraiment changé. En apprenant à donner de l'attention à ce qui se passait en moi au lieu de le fuir, à sentir mon corps, mes émotions, ce moment où quelque chose se contracte à l'intérieur, où la perception se rétrécit, où le monde devient soudain menaçant.


Ce que j'ai réalisé alors m'a changée profondément : ma vision du monde lorsque j'étais activée n'était pas la réalité. C'était celle de l'enfant que j'avais été. Une enfant qui avait appris, à juste titre à l'époque, que l'autre pouvait être dangereux. Et ce que je projetais sur les adultes autour de moi, c'était l'image que j'avais de moi-même : quelqu'un qui manquait de confiance, qui se jugeait d'être trop ou pas assez, qui devait toujours faire mieux, faire plus.


Ce n'est pas par hasard que j'ai choisi ce métier. Et ce n'est pas par hasard que vous lisez cet article.


Ce que j'ai vécu, je le retrouve, sous des formes différentes, chez beaucoup de personnes qui poussent ma porte. La honte est rarement nommée. Elle arrive déguisée.

 

Ce que la honte dit sans se nommer

Elle arrive sous les traits du perfectionnisme, de l'hyperactivité, du besoin de tout contrôler. Elle arrive dans la difficulté à recevoir un compliment, à laisser quelqu'un s'approcher vraiment, à se reposer sans culpabilité. Elle arrive dans la répétition des mêmes conflits relationnels, avec des visages différents, mais le même scénario.

 

✦ Est-ce qu'il m'arrive de me sentir fondamentalement défaillant(e), indépendamment de ce que j'ai fait ou pas fait ?

 

D'où vient-elle ? Le corps et l'enfance


Une expérience d'abord corporelle

Ce que le corps ressent dans ces moments-là n'est pas une exagération. C'est un souvenir. Le système nerveux autonome a appris, très tôt, que certaines situations signifiaient le danger. Et lorsque quelque chose y ressemble aujourd'hui, il réagit comme si c'était la même chose.


Ce que l'enfant ne peut pas comprendre autrement

Face à un environnement chaotique ou maltraitant, l'enfant ne peut pas se dire : "mes parents sont défaillants". Il n'a pas les outils cognitifs pour cela. Il ne peut conclure qu'une chose : c'est moi le problème. Je suis trop. Je suis mauvais. Je ne mérite pas.

Comment ai-je expliqué, enfant, ce qui n'allait pas autour de moi ? Est-ce que je me suis rendu(e) responsable ?

 

Les visages cachés de la honte

La honte toxique ne reste pas immobile à l'intérieur. Elle organise toute une vie de stratégies pour ne jamais être vue, ni par les autres, ni par soi-même.


Les stratégies qui gèrent

Certaines personnes développent un perfectionnisme extrême. D'autres surinvestissent le travail, le soin aux autres, la performance. D'autres encore ont besoin d'être toujours les meilleurs, ou de sauver tout le monde autour d'eux. Ce que ces comportements ont en commun, c'est qu'ils servent à une chose : s'assurer que personne ne découvrira jamais la faille à l'intérieur.


Ce n'est pas un manque de volonté. Ce n'est pas un problème de caractère. C'est un système nerveux qui fait exactement ce qu'on lui a appris à faire : cacher, compenser, performer.


Quand ces stratégies s'épuisent, c'est souvent le regard de l'autre qui devient le révélateur.


Le regard de l'autre, devenu miroir

La honte naît dans la relation. Et elle cherche ensuite à se confirmer dans chaque regard. À l'âge adulte, cela donne des personnes qui scrutent les micro-expressions de l'autre, qui anticipent le rejet, qui ne peuvent pas recevoir un compliment sincère sans que quelque chose en elles se contracte. Parce que recevoir de l'amour, c'est aussi risquer d'être vu. Et être vu, quand on se croit fondamentalement défaillant, c'est terrifiant.

Est-ce qu'il m'est difficile de recevoir un compliment, un geste de tendresse, ou de l'aide ? Qu'est-ce que cela éveille en moi ?

 

Ces stratégies, ces masques, ces façons de ne jamais être vraiment vu ne naissent pas dans le vide. Ils ont une histoire et souvent, cette histoire précède la nôtre.


La honte se transmet

Deux personnes qui portent chacune leur honte construisent ensemble une intimité difficile. Pas par manque d'amour, mais parce que se laisser vraiment approcher demande ce que la honte toxique rend si difficile : écouter et être écouté sans peur ni culpabilité, mettre des mots sans craindre le jugement, prendre le risque de s'appuyer sur l'autre, lui faire confiance. Laisser la proximité des corps exister, se toucher, se laisser toucher. Tout ce qui suppose de se montrer tel que l'on est.


Les enfants qui grandissent dans ces environnements apprennent, eux aussi, à marcher sur des oeufs. À ne pas avoir le droit à l'erreur. À ne jamais être tout à fait spontanés. Bradshaw dit de ces enfants qu'ils mènent "une vie sans grâce". La grâce, c'est exactement ce que la honte toxique retire : la possibilité de traverser l'existence avec douceur envers soi-même, avec de l'espace, avec de la place pour se tromper et recommencer.

Qu'est-ce que les personnes qui m'entourent observent dans ma façon de me traiter moi-même ?

 

Comment s'en sortir : ce que le corps sait

La guérison de la honte toxique ne ressemble pas à ce qu'on imagine. Elle ne passe pas par la volonté, ni par la compréhension seule. Elle passe par le corps. On ne guérit pas la honte en faisant

 

Le travail passe par le corps et par le système nerveux

Ce qui permet de commencer à s'en libérer, c'est d'apprendre à observer l'activation nerveuse sans en être submergé. De remarquer le moment où quelque chose se contracte, sans que ce quelque chose ne prenne toute la place. De développer progressivement la capacité à rester présent à ce qui se passe à l'intérieur, et à laisser le système nerveux apprendre qu'il peut survivre à ce qu'il ressent.


Ce qui me touche profondément dans ce travail, c'est le moment où quelque chose bascule. Lorsqu'une personne prend conscience que ce qu'elle a cru du monde était erroné. Qu'elle a le droit de ne pas être d'accord. Qu'elle a le droit à la colère, à l'indignation, à la révolte. Et qu'elle laisse cela vivre dans son corps, vraiment.


À chaque fois, j'ai la chair de poule. Parce que je sais que cette facette de son histoire vient d'être vécue en conscience.


L'histoire d'une personne est comme un diamant à facettes. Mon travail est d'aider à polir chaque facette, une à une, pour que cette personne puisse enfin briller dans sa propre lumière.


Être vu sans être détruit

La honte se nourrit du secret. Elle grandit dans l'isolement et dans le silence. Et elle s'apaise, progressivement, dans la relation. Pas n'importe quelle relation : une relation où l'on peut se montrer tel que l'on est, et être reçu avec respect.


Pour ces personnes, qui ont appris très tôt à ne plus faire confiance, la relation thérapeutique demande souvent du temps et de la patience pour se construire. S'ouvrir n'est pas simple quand le regard de l'autre a si longtemps été source de danger. Parfois c'est l'inverse : il y a un tel manque que de sentir l'écoute, la bienveillance, la compassion, le respect, l'apaisement, la personne s'attache vite. Avec une lutte intérieure silencieuse pour accepter et se sentir digne de tout cela.

 

C'est précisément cela que la thérapie peut offrir. Ce n'est pas la suppression de la honte, mais un espace où elle peut enfin être vue, nommée, et traversée.

Y a-t-il une part de moi que je cache aux autres parce que j'ai peur qu'elle soit indigne d'être aimée ?

 

Une question pour terminer

Si la honte que vous portez n'était pas une vérité sur ce que vous êtes, mais une réponse apprise dans un environnement qui ne savait pas vous accueillir autrement : qu'est-ce que cela changerait à la façon dont vous vous parlez aujourd'hui ?

 

Pour conclure

La honte silencieuse ne se présente presque jamais sous son vrai nom. Elle arrive sous les traits des autres, dans les conflits répétés, dans la certitude que le problème vient de l'extérieur. Mais en dessous, il y a un enfant qui a conclu très tôt qu'il était le problème.


Comprendre cela ne suffit pas à guérir. Mais c'est un premier pas. Le second, c'est d'apprendre à sentir ce qui se passe dans le corps quand la honte s'active, sans le fuir. Le troisième, c'est de trouver au moins un endroit dans le monde où l'on peut être vu tel que l'on est, et rester debout.


Ce travail peut être long. Mais c'est un cheminement, et ce chemin est riche : riche d'expériences, de surprises, de découvertes de soi et du monde. Et cela, personne ne pourra vous l'enlever, parce qu'il sera ancré dans votre corps.

 

Si quelque chose dans cet article a résonné en vous, si vous sentez que ce cheminement vous appelle, je vous invite à prendre contact. Un premier échange téléphonique de 15 minutes, gratuit et sans engagement, pour voir ensemble si mon accompagnement peut vous convenir.


contact@somatiquetherapie.fr  |  06 14 10 62 62

 

Références

Brené Brown : The Power of Vulnerability (TEDxHouston, 2010) ; Listening to Shame (TED, 2012)

Bessel van der Kolk : Le corps n'oublie rien (De Boeck Supérieur, 2015)

Boris Cyrulnik : Conférence sur la honte (approche systémique et neurobiologique)

Janina Fisher : Healing the Fragmented Selves of Trauma Survivors (Routledge, 2017)

John Bradshaw : Healing the Shame that Binds You (Health Communications, 1988)

Gabor Maté : In the Realm of Hungry Ghosts (North Atlantic Books, 2008)

Lawrence Heller & Aline LaPierre : Les traumatismes du développement (Éditions Interdisciplinaires, 2012)

 

Note légale

Cet article a une visée informative et pédagogique. Il ne se substitue pas à un suivi thérapeutique. Les informations présentées s'inscrivent dans une approche trauma-informée. Si vous vous reconnaissez dans ce qui est décrit et souhaitez être accompagné(e), je vous invite à prendre contact.


À propos de l'auteure

Rachel Durant, Thérapeute psychocorporel somatique,

Le Plessis-Robinson (92350) et téléconsultation


Rachel Durant accompagne les personnes en épuisement nerveux, en trauma ou en quête de reconnexion à elles-mêmes, à travers des approches psychocorporelles somatique : somatothérapie (méthode Camilli®), EMDR et yoga somatique. Elle propose des séances individuelles et des ateliers collectifs.


 
 
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