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La blessure d’abandon : quand le vide devient une façon d’exister

Dernière mise à jour : il y a 17 heures

Ce que l’abandon précoce inscrit dans le système nerveux et comment construire une sécurité intérieure qui ne dépend plus de la présence de l’autre.


La peur que l’autre parte. L’angoisse qui monte quand un message reste sans réponse. La tendance à tout faire pour plaire, pour se rendre indispensable, pour ne surtout pas déranger de peur que si on dérange, l’autre finisse par ne plus revenir. La blessure d’abandon ne se manifeste pas seulement dans les grandes ruptures. Elle se manifeste dans le quotidien des relations, dans cette vigilance permanente à la présence de l’autre, dans ce besoin de réassurance qui ne s’éteint jamais tout à fait.


Ce n’est pas de la fragilité. Ce n’est pas non plus un trait de caractère immuable. C’est un état du système nerveux, construit très tôt, dans des expériences où la présence de ceux dont on dépendait pour survivre était incertaine, incohérente ou insuffisante.


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Ce que l’abandon précoce fait au système nerveux

La blessure d’abandon ne naît pas nécessairement d’un abandon réel. Elle naît souvent dans la perception d’une présence insuffisante, une disponibilité émotionnelle intermittente, une réassurance qui arrive parfois, mais pas toujours, une figure d’attachement dont on ne sait jamais vraiment si elle sera là.


John Bowlby a montré que les enfants dont les figures d’attachement sont disponibles de façon imprévisible développent un attachement anxieux. Ces enfants restent en état d’hyperactivation, scrutant en permanence les signaux de disponibilité de leur figure d’attachement, incapables de s’apaiser même quand elle est présente, parce qu’ils ont appris que cette présence pouvait disparaître à tout moment.


Stephen Porges a montré que le système nerveux autonome est conçu pour se réguler dans la relation et que lorsque cette régulation a été incertaine dans l’enfance, le système nerveux continue d’anticiper l’incertitude même dans des contextes relationnels stables. Il ne peut pas, seul, se convaincre que cette fois, l’autre va rester.


Ce qui est particulièrement coûteux dans ce schéma, c’est l’énergie qu’il mobilise en silence. Surveiller les signaux de l’autre, anticiper le moment où la relation pourrait se fragiliser. Tout cela se passe hors de la conscience. La personne ne sait pas vraiment pourquoi elle est si épuisée dans ses relations. Elle sait seulement qu’elle l’est.


Est-ce que vous reconnaissez dans vos relations cette vigilance permanente, cette énergie dépensée à surveiller les signaux de présence de l’autre et savez-vous depuis quand elle est là ?



Comment la blessure d’abandon se manifeste dans la vie

La blessure d’abandon ne produit pas un profil unique. Elle peut se manifester dans un besoin intense de proximité ou au contraire dans une distance défensive qui ressemble à de l’autonomie, mais protège d’une peur profonde d’être abandonné.


Dans sa forme la plus visible, la blessure d’abandon produit une dépendance affective, un besoin constant de réassurance, une difficulté à rester seul, une tendance à s’oublier dans la relation pour maintenir le lien. La personne s’adapte, fait passer les besoins de l’autre avant les siens, accepte des situations qui ne lui conviennent pas plutôt que de risquer de perdre la relation.


Certaines personnes portant la blessure d’abandon développent l’attitude inverse : une indépendance affichée, une difficulté à s’engager, une tendance à partir avant d’être quitté. Mary Ainsworth a montré que l’attachement évitant est souvent une réponse à la même expérience d’incertitude, mais avec une conclusion opposée : si l’autre ne sera pas là de façon fiable, autant ne pas dépendre de lui. Ce n’est pas de l’autonomie. C’est le même système nerveux, avec une stratégie différente pour gérer la même peur.

Une femme que j’accompagnais oscillait entre ces deux pôles selon les périodes de sa vie. Dans certaines relations, elle se fondait complètement dans l’autre, perdant ses propres contours. Dans d’autres, elle disparaissait avant que la relation ait eu le temps de se construire vraiment. Ce qu’elle décrivait dans les deux cas était la même chose : une impossibilité à trouver une juste distance. Trop près ou trop loin, mais jamais dans cet espace du lien où on peut être pleinement soi-même tout en étant avec l’autre.

Est-ce que vous reconnaissez une de ces deux stratégies dans votre vie relationnelle, la fusion ou la distance et savez-vous ce que votre corps fait quand vous vous approchez de l’intimité ?



Ce que le travail psychocorporel permet

Construire une sécurité intérieure qui ne dépend plus entièrement de la présence de l’autre, c’est le cœur du travail sur la blessure d’abandon. Ce n'est pas devenir indépendant du lien, mais trouver en soi un ancrage suffisant pour que le lien ne soit plus une question de survie.

La femme que j’accompagnais a dit un jour : « Je suis rentrée chez moi après la séance et j’ai réalisé que j’étais bien. Pas parce que vous étiez là. Parce que quelque chose de ce qui s’était passé ici était resté avec moi. » C’était le début d’une sécurité intérieure, pas encore solide, pas encore complète, mais réelle. Le système nerveux avait commencé à apprendre qu’un lien pouvait survivre à la distance.

En somatothérapie (méthode Camilli®), en EMDR ou en yoga somatique, le travail sur la blessure d’abandon commence souvent par une exploration de ce que la solitude fait dans le corps, pas la solitude comme concept, mais la solitude comme expérience physique. Qu’est-ce qui se contracte ? Où la respiration retient-elle ? Quel état le système nerveux adopte-t-il quand il n’y a pas de présence extérieure pour le réguler ?


Peter Levine a montré que les états d’hyperactivation liés à l’insécurité relationnelle peuvent être abordés par le corps, en apprenant à reconnaître les premiers signes de l’activation, à rester avec elle sans en être submergé, à traverser la vague émotionnelle jusqu’à ce qu’elle se résolve dans le corps. Ce travail de pendulation, aller vers ce qui est difficile, puis revenir à un état de régulation, construit progressivement une capacité à tolérer ce qui était insupportable.


Daniel Siegel a montré que des expériences répétées de connexion fiable, un lien qui est là séance après séance, qui survit aux absences, qui ne disparaît pas quand quelque chose de difficile est exprimé, modifient progressivement les anticipations du système nerveux. Ce n’est pas un transfert d’une dépendance vers une autre. C’est une expérience d’apprentissage : le lien peut être là sans être conditionnel.


Est-ce que vous avez déjà expérimenté un moment où vous vous êtes senti bien seul, pas seul et mal, mais seul et stable — et savez-vous ce qui rendait ce moment possible ?



La blessure d’abandon ne dit pas qu’on ne peut pas aimer. Elle dit que le système nerveux ne sait pas encore que l’amour peut durer. Et comme tout ce qui touche au système nerveux, cela peut changer.


Pas par la volonté. Par l’expérience répétée d’un lien qui tient.


Pour aller plus loin, quelques questions à vous poser 

  • Est-ce que vous reconnaissez dans vos relations une vigilance permanente à la présence de l’autre et savez-vous depuis quand elle est là ?

  • Y a-t-il une stratégie que vous avez développée pour ne pas être abandonné, vous fondre dans l’autre, ou partir avant d’être quitté ?

  • Est-ce qu’il y a des moments dans votre vie où vous vous sentez bien seul et qu’est-ce qui les rend possibles ?


Références

Bowlby, J. (1969). Attachment and Loss. Basic Books.

Ainsworth, M. D. S. (1978). Patterns of Attachment. Lawrence Erlbaum Associates.

Porges, S. W. (2011). The Polyvagal Theory. W. W. Norton & Company.

Levine, P. (1997). Waking the Tiger. North Atlantic Books.

Siegel, D. J. (1999). The Developing Mind. Guilford Press.

Van der Kolk, B. (2014). Le corps n’oublie rien. Albin Michel.


À propos de l'auteure

Rachel Durant, Thérapeute psychocorporel somatique,

Le Plessis-Robinson (92350) et téléconsultation


Rachel Durant accompagne les personnes en épuisement nerveux, en trauma ou en quête de reconnexion à elles-mêmes, à travers des approches psychocorporelles somatique : somatothérapie (méthode Camilli®), EMDR et yoga somatique. Elle propose des séances individuelles et des ateliers collectifs.



Cet accompagnement ne se substitue pas à un suivi médical. Il le complète dans une approche holistique, trauma informée et respectueuse de la personne.




 
 

Rachel DURANT, 

Thérapeute Psychocorporel Somatique :

Somatothérapie | EMDR | Yoga somatique

Cabinet Paramédical Le Robinson Horizon

13 rue du Carreau

92350 Le Plessis-Robinson

06 14 10 62 62 | contact@somatiquetherapie.fr

© Rachel Durant 2026
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