Trauma relationnel et couple : pourquoi on réagit si fort avec celui qu'on aime
- Rachel Durant

- 22 juil.
- 11 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 juil.
Ce que nos relations nous demandent vraiment
Il y a une phrase que j'entends souvent dans mon cabinet, formulée de mille façons différentes mais qui revient toujours au même endroit : « On s'aime, et pourtant quelque chose ne fonctionne pas ».
Le couple est sans doute ce qui nous demande le plus. Le plus de courage, le plus d'honnêteté, le plus de capacité à rester soi tout en restant en lien. Et aussi le plus difficile, précisément parce qu'il y a de l'attachement. Parce que ce qui se joue là touche à ce qu'il y a de plus ancien et de plus sensible en nous.
Derrière ce « et pourtant », il y a rarement un manque d'amour. Il y a deux systèmes nerveux qui font de leur mieux, chacun avec ses stratégies héritées de l'enfance, chacun convaincu que le problème vient de l'autre.
Ce que je vois dans mon travail, et ce que les recherches actuelles sur le trauma et le corps confirment, c'est que nos relations adultes rejouent quelque chose de très ancien. Pas par mauvaise volonté. Par automatisme. Parce que c'est ce que le système nerveux connaît.

Attachement et authenticité : deux besoins fondamentaux en tension
Dès la naissance, deux besoins essentiels nous habitent. Le premier, c'est l'attachement : ce besoin viscéral d'être proche de quelqu'un qui nous voit, nous protège, prend soin de nous.
Le psychiatre John Bowlby a montré que ce besoin est aussi fondamental que manger ou dormir. Il ne disparaît pas avec l'âge, il se transforme, mais reste présent toute la vie.
Le second besoin, c'est l'authenticité : être soi. Ressentir ce qu'on ressent vraiment. Pouvoir l'exprimer et agir en accord avec sa propre vérité, plutôt qu'avec ce qu'on croit attendu ou toléré.
Ces deux besoins devraient pouvoir coexister. Mais pour beaucoup d'entre nous, à un moment de l'enfance, quelque chose a forcé un choix silencieux et impossible : être soi ou maintenir le lien. Exprimer sa colère, sa tristesse, son besoin, ou risquer de perdre l'approbation, l'amour, la sécurité.
Ce choix s'est toujours fait en faveur du lien. Parce qu'il le fallait. Parce que l'attachement est une question de survie pour un enfant. Mais ce qu'on a mis de côté à 5 ans, à 8 ans, à 12 ans, on ne l'a pas perdu. On l'a enfoui. Et il attend, silencieux, un espace pour exister.
C'est précisément cet enfouissement qui va ressurgir, des années plus tard, dans nos relations les plus proches.
✦ Si ce sujet vous parle : Théorie de l'attachement : comment nos premières relations façonnent nos liens adultes
Blessures d'enfance et relation de couple : ce que l'histoire rejoue
Pourquoi les conflits de couple réactivent des blessures anciennes
Derrière une dispute qui semble porter sur la vaisselle ou un retard, il y a toujours quelque chose de bien plus ancien qui s'est réactivé : une blessure d'abandon, un besoin de contrôle forgé dans l'imprévisibilité, une habitude de disparaître quand la proximité devient trop intense.
La thérapeute Sue Johnson, fondatrice de la thérapie EFT, appelle ça les "raw spots", ces endroits à vif en nous que la relation réveille avec une précision déconcertante. Ce ne sont pas des caprices ni des incompatibilités de caractère. Ce sont des traces. Des blessures anciennes qui se rouvrent lorsque quelque chose dans la relation du présent vient les effleurer.
Ce que j'observe dans ma pratique, c'est que nous sommes souvent attirés précisément là où il reste quelque chose à traverser. Pas par masochisme. Parce que le système nerveux cherche ce qu'il connaît, et parce qu'il espère, cette fois, que ça se terminera différemment. Boris Cyrulnik le pose clairement : nous ne tombons pas amoureux par hasard. Nos choix amoureux sont façonnés par nos empreintes affectives les plus anciennes, bien avant que la raison ait son mot à dire.
Le partenaire comme miroir de soi-même
Le partenaire n'est pas la cause. Il est le déclencheur. Et ce déclencheur révèle quelque chose d'essentiel : l'autre est le miroir de nous-même.
Derrière le partenaire, il y a souvent le parent du même sexe que lui, avec tout ce qu'on n'a pas encore résolu de cette relation-là. Et nous-mêmes, dans la façon dont nous nous comportons dans le couple, nous reproduisons souvent notre parent du même sexe. Pas consciemment. Par imprégnation. Parce que c'est le modèle qu'on a eu sous les yeux de ce qu'était « une relation ».
Reproduire le couple de ses parents : le script inconscient
La relation de couple de nos parents devient ainsi le script inconscient que nous rejouons, jusqu'à ce que quelque chose en nous ose dire stop. C'est peut-être ça, au fond, la raison d'être du couple : pas seulement aimer et être aimé, mais s'émanciper. Se dégager de ce qu'on a reçu pour choisir, enfin, ce qu'on veut transmettre.
Ce n'est pas une condamnation. C'est une information. Une porte d'entrée vers quelque chose de plus profond que le simple constat « on est incompatibles ».
Dans votre relation, y a-t-il une réaction récurrente, une tension, un retrait, une irritation, qui vous surprend vous-même par son intensité ? Que pourrait-elle raconter de plus ancien que la situation du moment ?
✦ Si vous reconnaissez ce schéma : Difficultés relationnelles : et si ce n'était pas un problème de caractère ?
✦ Si la blessure d'abandon est particulièrement présente pour vous : La blessure d'abandon : quand le vide devient une façon d'exister
Dire non dans le couple : un acte d'authenticité, pas d'égoïsme
Le silence dans le couple : ce qu'il coûte vraiment
Dans mon travail, je remarque souvent que le premier signe qu'une personne retrouve contact avec elle-même, c'est qu'elle commence à pouvoir dire non. Pas de façon agressive, mais clairement, depuis un endroit calme en elle.
Combien de « non » avalés dans une relation. Combien de besoins tus pour ne pas créer de conflit, pour ne pas décevoir, pour maintenir une paix de surface qui n'en est pas vraiment une. Et combien cette suppression coûte en tension corporelle, en distance intérieure, en corps qui finit par parler à la place des mots.
Vulnérabilité et intimité : oser se montrer tel·le qu'on est
La chercheuse Brené Brown a montré quelque chose de contre-intuitif : ce n'est pas en se protégeant qu'on crée de la proximité dans une relation. C'est en osant se montrer tel·le qu'on est, avec ses besoins, ses limites, ses endroits fragiles. La vulnérabilité n'est pas une faiblesse. C'est la condition de toute connexion réelle. Christophe André rejoint cette idée par un autre chemin : c'est en apprenant à s'accueillir soi-même, avec bienveillance, qu'on devient capable de s'ouvrir vraiment à l'autre.
En taisant nos besoins et en ravalant nos « non », on croit se protéger. Mais ce qu'on évite en réalité, c'est la vulnérabilité, et avec elle, toute vraie intimité. On reste côte à côte sans vraiment se rejoindre. Le cœur se ferme et le corps suit : la distance s'installe aussi dans le toucher, dans la présence physique. Puis les petits gestes du quotidien cessent peu à peu de circuler entre deux personnes qui ne se montrent plus vraiment l'une à l'autre. La sexualité devient mécanique, vidée de cette âme qui naît lorsque deux personnes osent vraiment se montrer.
Dire non, ou dire ce dont on a vraiment besoin, ce n'est pas menacer la relation. C'est lui donner une chance d'être vraie.
Apprendre à dire ce qui est vrai pour soi, c'est aussi la porte d'entrée vers quelque chose de plus grand : la possibilité que la relation elle-même devienne un espace de transformation. Plus seulement un lieu où les blessures se réactivent, mais un endroit où elles peuvent, enfin, trouver une autre issue.
✦ Pour aller plus loin : Autonomie affective : apprendre à s'aimer sans se perdre
✦ Si la question de votre responsabilité dans la relation vous touche : Responsabilité authentique : ce que votre corps sait que votre mental ignore
Co-régulation et trauma relationnel : comment le couple peut devenir un terrain de transformation
Je reçois des personnes qui arrivent avec une relation de couple difficile, souvent marquée par ce qu'on appelle le trauma relationnel. Parfois épuisées, parfois au bord de la séparation Convaincues que ça ne peut pas changer, ou que l'autre ne changera jamais. Ce qu'elles ne voient pas encore, c'est que la relation n'est pas seulement le lieu de la douleur. Elle est aussi le lieu où quelque chose de très important essaie de se remettre en mouvement.
Trauma et corps : ce que l'histoire rejoue dans la relation
Gabor Maté, dont le travail croise médecine, neurosciences et trauma, pose quelque chose d'essentiel : notre histoire précoce ne reste pas dans le passé. Elle s'inscrit dans le corps. Et c'est par le corps qu'elle se rejoue dans la relation, bien avant que la conscience ait eu le temps d'intervenir. Ce n'est pas une métaphore. C'est une réalité physiologique.
Co-régulation : quand le système nerveux de l'un influence l'autre
C'est ce que Stephen Porges éclaire à travers sa théorie polyvagale : nos systèmes nerveux ne fonctionnent pas en vase clos. Ils se lisent, s'influencent, se répondent en permanence, bien avant que les mots aient été prononcés. C'est ce qu'on appelle la co-régulation. Lorsque l'un est en sur-activation, l'autre le capte et y répond souvent de façon symétrique : il s'emballe aussi, ou au contraire se ferme complètement.
Mais l'inverse est tout aussi vrai. Lorsqu'une personne parvient à rester ancrée, présente, en contact avec elle-même, elle offre à l'autre quelque chose d'infiniment précieux : un espace où il devient possible de se poser. Pas en le forçant. Simplement parce que son propre système nerveux régulé envoie un signal de sécurité.
Travailler sur soi pour transformer son couple
C'est ce que j'essaie souvent de poser simplement en séance : un couple, c'est 1 + 1 = 3. Il y a vous. Il y a l'autre. Et il y a ce troisième espace, le « nous », qui a sa propre vie, sa propre dynamique. Travailler sur soi n'est pas trahir ce « nous ». C'est lui donner plus de place pour exister vraiment.
C'est l'une des transformations les plus silencieuses que j'observe dans mon travail. Une personne revient d'une séance différente, pas radicalement, mais subtilement. Et cette subtilité change quelque chose dans la pièce, dans le souffle, dans la façon dont l'autre peut, lui aussi, lâcher un peu.
C'est depuis cet endroit-là, régulé, ancré, en contact avec soi, que la communication devient enfin possible. Ce n'est plus une tentative de convaincre ou de se défendre, mais une parole qui vient de l'intérieur et qui peut, pour la première fois, vraiment atteindre l'autre. C'est précisément ce que l'approche psychocorporelle permet de construire : pas des techniques de communication, mais un accès à soi suffisamment stable pour que les mots viennent de là.
Y a-t-il quelque chose que vous aimeriez dire à votre partenaire, ou à vous-même, que vous n'avez pas encore trouvé comment formuler ? Pas pour accuser, pas pour convaincre. Juste pour être vrai·e.
✦ Pour comprendre comment nos systèmes nerveux s'influencent : Co-régulation : pourquoi nous avons besoin des autres pour guérir
✦ Pour aller plus loin sur la théorie polyvagale : Théorie polyvagale : ce que votre nerf vague dit de votre état intérieur
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Un chemin difficile et possible
Je ne veux pas laisser entendre que ce travail est simple. Regarder ses propres patterns demande du courage. Prendre sa part dans une relation où l'on souffre demande une honnêteté difficile. Et la transformation ne se fait pas en ligne droite.
Parfois, la séparation reste la décision juste, et il n'y a rien à en juger. Mais elle mérite d'être prise depuis un endroit conscient, pas depuis la fatigue d'un système nerveux épuisé qui cherche à fuir ce qu'il ne sait plus supporter.
J'ai accompagné des personnes qui pensaient leur couple condamné, et qui ont traversé une transformation profonde, pas parce que les problèmes avaient disparu, mais parce qu'elles ne se retrouvaient plus face à face depuis le même endroit blessé. La relation avait changé parce qu'elles avaient commencé, chacune, à se voir plus clairement.
Lorsque l'on change, tout change.
La relation de couple est peut-être l'espace le plus exigeant qui soit. Mais c'est aussi là que quelque chose de très ancien peut enfin trouver une autre issue.
Si quelque chose dans cet article a résonné en vous, sur votre relation, sur ce que vous portez, sur ce que vous n'avez pas encore osé dire, c'est peut-être le moment de commencer à l'explorer.
Pas seul·e.
✦ Si vous souhaitez commencer par là : Être vraiment soi-même : ce que votre système nerveux a à dire
Commencer par vous comprendre vous-même La façon dont vous réagissez dans vos relations, vos tendances à vous fermer ou à vous surinvestir, votre difficulté à dire non ou à rester present·e quand l'autre s'emballe : tout cela a une logique. Mon test en ligne vous aide à la voir. C'est gratuit, et ça prend quelques minutes. Faire le test → |
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Questions fréquentes
Peut-on vraiment transformer une relation de couple difficile sans que les deux partenaires fassent le travail en même temps ?
Oui, et c'est même souvent ainsi que ça commence. Ce que j'observe, c'est qu'il est souvent nécessaire d'évoluer chacun pour soi pour que le couple puisse évoluer ensemble. Lorsqu'une personne change sa façon d'être dans la relation, de réagir, de se positionner, quelque chose se modifie dans le système. L'autre n'est plus face au même interlocuteur. Cela ne garantit pas que la relation va changer, mais ça crée une ouverture réelle. Et cette ouverture, parfois, suffit à relancer quelque chose.
Comment savoir si ce que je vis dans mon couple est de l'ordre du trauma, ou simplement de l'incompatibilité ?
La question n'est pas toujours facile à trancher. Un signe qui peut orienter : si vous vous surprenez à réagir de façon disproportionnée par rapport à la situation réelle, si la même tension revient de façon cyclique malgré vos efforts, si vous ressentez dans votre corps quelque chose d'intense et d'ancien dans ces moments-là, c'est souvent l'indication que quelque chose de plus profond que l'incompatibilité est à l'œuvre. Le travail thérapeutique aide à faire cette distinction. Si vous voulez commencer à y voir plus clair, le bilan en ligne peut être un premier repère utile.
La co-régulation, ça veut dire que je dois gérer les émotions de mon partenaire ?
Non, et c'est une confusion importante à clarifier. La co-régulation ne signifie pas prendre en charge le système nerveux de l'autre, ni se responsabiliser de ses états. Cela signifie que votre propre état intérieur, votre ancrage, votre calme ou votre agitation, a une influence sur l'espace que vous créez ensemble. Ce n'est pas une charge supplémentaire. C'est une invitation à prendre soin de vous d'abord, pour que la rencontre avec l'autre soit possible depuis un endroit plus stable.
J'ai du mal à dire ce que je ressens dans ma relation. Par où commencer ?
Souvent, la difficulté à nommer ce qu'on ressent vient avant tout d'un manque de contact avec soi-même, pas d'un manque de mots. Le travail commence donc dans le corps : apprendre à identifier les signaux, les tensions, les mouvements intérieurs, avant même de chercher à les formuler à l'autre. C'est ce que j'accompagne en séance, avec une approche psychocorporelle qui permet de retrouver ce fil intérieur progressivement.
Est-ce que vous accompagnez les couples en thérapie ?
Je reçois les personnes individuellement, pas en thérapie de couple au sens classique du terme. Mais le travail individuel a un effet direct sur la dynamique relationnelle, parce qu'il modifie la façon dont vous vous positionnez dans la relation, vos réactions, votre capacité à vous exprimer et à accueillir l'autre. C'est souvent depuis ce travail personnel que les choses bougent le plus durablement dans le couple. Si vous souhaitez en savoir plus sur la façon dont je travaille, vous pouvez prendre contact ici.
Références
John Bowlby, Attachement et perte
Boris Cyrulnik, Les Nourritures affectives
Christophe André, Imparfaits, libres et heureux
Sue Johnson, Tenir bon ensemble
Brené Brown, Le Pouvoir de la vulnérabilité
Gabor Maté, Quand le corps dit non
Stephen Porges, La Théorie polyvagale
Note légale
Cet article a une visée informative et pédagogique. Il ne se substitue pas à un suivi thérapeutique. Si vous vous reconnaissez dans ce qui est décrit et souhaitez être accompagné, je vous invite à prendre contact.
À propos de l'auteure
Rachel Durant, Thérapeute psychocorporel somatique,
Le Plessis-Robinson (92350) et téléconsultation
Rachel Durant accompagne les personnes en épuisement nerveux, en trauma ou en quête de reconnexion à elles-mêmes, à travers des approches psychocorporelles somatique : somatothérapie (méthode Camilli®), EMDR et yoga somatique. Elle propose des séances individuelles et des ateliers collectifs.
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Cet accompagnement ne se substitue pas à un suivi médical. Il le complète dans une approche holistique, trauma informée et respectueuse de la personne.



